Couplets à une jeune religieuse, lors de la suppression des couvents

Auteur(s)

Année de composition

1795

Genre poétique

Description

Huitain d'octosyllabes en rimes croisées

Mots-clés

Musique

Paratexte

Texte

Air : On compterait les diamants

La loi, pour vous, en jour serein,
Églé, change la nuit profonde :
Notre Sénat rend le larcin
Que le cloître avait fait au monde ;
De la Nature, à qui mieux mieux,
Osons célébrer les apôtres :
Ils viennent de combler nos vœux,
Puisqu'ils ont aboli les vôtres.

La chrysalide, avec transport,
Quitte sa tombe diaphane :
Telle on vous voit prendre l'essor
Vers un siècle jadis profane ;
De l'émail des plus belles fleurs
L'insecte a diapré ses ailes,
Et les plus brillantes couleurs
Brillent sur vos robes nouvelles.

Obéir fut votre destin :
Léguer sera votre partage ;
Oui, le plus fier républicain,
Par vous, chérira l'esclavage.
Aux pieds d'un derviche en courroux,
Vous redoutiez son anathème ;
L'oracle parle : à vos genoux,
Le confesseur tombe lui-même.

Qu'ils sont changés vos alentours !
Cypris y remplace Marie ;
Au lieu des anges, les amours
Logent dans votre galerie.
Les pompons chassent les agnus ;
L'art d'aimer succède à l'office,
Et la ceinture de Vénus
A pris la place du cilice.

Votre voix, d'un triste verset,
Traînait la fade psalmodie :
Par elle, aujourd'hui, d'un couplet,
Comme la grâce est embellie !
Toujours vos pas étaient notés,
Par l'impitoyable décence ;
Et dans nos jeux, quand vous sautez,
Guimard enviait votre danse.

Vous riez des sombres romans
Dont s'épouvante une béguine ;
Du prisme, des enchantements
Un esprit sage s'illumine.
Aimez longtemps à visiter
Nos cercles plus que nos chapelles ;
La grâce pourra vous quitter,
Les Grâces vous seront fidèles.

 
 

Sources

Almanach des Muses pour l'an IV de la République française, ou Choix des poésies fugitives de 1795, Paris, Louis, an IV, p. 29-30.