Fragment d'un poème sur la Révolution

Auteur(s)

Année de composition

s.d.

Genre poétique

Description

Alexandrins en rimes plates

Texte

Ces jours calamiteux pèsent à ma mémoire,
Ces jours qu'il faut rayer des fastes de l'histoire,
Où, trafiquant des pleurs et du sang des Français,
Et jaloux seulement de se vaincre en forfaits,
Nos triumvirs bourreaux traînèrent aux supplices
Le crime et la vertu, surpris d'être complices.
La France fut, par eux, un vaste champ de morts ;
Mais, d'un voile de gloire entourée au dehors,
Elle imposa respect à l'Europe timide.
Sur le sol de Memphis telle une pyramide,
Qui fatigue la terre et menace les cieux,
Frappe du voyageur les regards curieux ;
Il contemple de loin sa grandeur qu'il admire,
Et son étonnement près d'elle enfin l'attire :
Il entre à la lueur de funèbres clartés,
Sous ses pas frémissants des tombeaux sont heurtés ;
La mort, autour de lui planant sur des décombres,
Redouble encor l'horreur du silence et des ombres.
La liberté française habitait dans les camps ;
Elle en sortit enfin pour chasser les tyrans :
Sous la hache, à son tour, notre Sylla succombe,
Il entraîne avec lui l'échafaud dans sa tombe.
Déjà nous respirions de nos longues douleurs ;
L'espoir avait tari la source de nos pleurs ;
Les Pentarques sur nous essayaient leur puissance ;
Tout à coup un guerrier vers les Alpes s'élance,
Et ses premiers exploits dans le champ des hasards
Le font placer au rang du premier des Césars.
Le héros italique, environné de gloire,
Vainement nous conquit la paix par la victoire.
À l'Europe à genoux venant la demander,
Les Pentarques alors pouvaient la commander ;
Mais ils n'ont point cessé d'épouvanter la terre,
Et Rastadt ralluma le flambeau de la guerre.
L'Europe n'offrit plus qu'un vaste embrasement ;
La France allait toucher à son dernier moment ;
Un nouvel empereur s'était armé contre elle,
Et la victoire enfin lui devint infidèle,
Fidèle à Bonaparte, aux rivages du Nil,
Elle avait partagé son glorieux exil,
Et couronnait son front de palmes idumées,
Quand la ligue du Nord repoussait nos armées.

 
 

Sources

Almanach des Muses pour l'an XII, ou Choix des poésies fugitives de 1803, Paris, Louis, an XII, p. 199-200.