Autel de la clémence (L')

Année de composition

1795

Genre poétique

Description

Décasyllabes en rimes plates

Mots-clés

Paratexte

Traduction de Stace, Thébaïde, liv. 12

Texte

Jadis Athènes, et maint auteur l'atteste,
Dans son enceinte eut un autel modeste.
Nul dieu puissant ne s'y vit adoré :
Les malheureux l'avaient seuls consacré ;
C'était l'autel de la douce Clémence.
Là, chaque jour, s'écoule et recommence
De suppliants le flux et le reflux ;
Et nul d'entr'eux n'a gémi d'un refus.
Le jour, la nuit, la déesse accessible
N'est jamais sourde et jamais insensible.
Son culte est simple, ainsi que son autel :
Elle n'attend du malheureux mortel
Ni vain encens, ni pompeux sacrifices,
Ni moins encor le pur sang des génisses.
Il lui suffit de plaintives douleurs ;
Et son autel n'est baigné que de pleurs.
Un bois paisible entoure sa demeure,
Bois de laurier, que parent à toute heure
Nouveaux festons, religieux présents ;
Et l'olivier, l'arbre des suppliants,
Y joint encor son ombre bienfaisante,
Mais la déesse en ces lieux n'est présente
Que par ses dons : nulles savantes mains
N'offrant son buste aux regards des humains ;
Elle dédaigne un si frivole hommage,
Et dans les cœurs a gravé son image,
Tendra pitié, baume consolateur !
Autel chéri, bois propice au malheur !
Sous son ombrage, il ne voit, ne rassemble
Que l'indigent, l'infortuné qui tremble :
Les gens heureux… que je les plains hélas !
Les heureux seuls ne la connaissent pas.

 
 

Sources

Almanach des Muses pour l'an IV de la République française, ou Choix des poésies fugitives de 1795, Paris, Louis, an IV, p. 1-2.