Cantate funèbre pour la fête du 20 prairial an VII en mémoire des plénipotentiaires de la République française au congrès de Rastadt

Année de composition

1799

Genre poétique

Description

Paratexte

Texte

Musique de Gossec

Chœur :

Attentat sans exemple : unanimes douleurs !
Perfides assassins ! Généreuses victimes !
Sombre et touchant objet de courroux et de pleurs !
Sainte Paix, qui gémis sur ces restes sublimes !
Consacrons d'immortels honneurs
À tes ministres magnanimes,
Et creusons d'éternels abîmes
À tes sanglans profanateurs !

Les citoyens :

Ô de la paix divins organes,
Tombés sous d'exécrables coups !
Que ce cri parvienne à vos mânes :
Ils vivront dans nos cœurs !
Ils ont péri pour nous !
Frémis, aigle d'Autriche !
Frémis en contemplant ta proie !
La voix de ces tombeaux ne se taira jamais.
Un seul, hélas ! manque à ta joie !
Mais rien ne manque à tes forfaits.

Les femmes et les enfans :

Pleurez, familles désolées !
Mais que vos pleurs soient moins amers !
La mort fuit de ces mausolées !
Qui meurt pour son pays renaît pour l'univers !
Ah ! Quand la paix en deuil, hélas ! comme la guerre,
Prive vos cœurs d'un fils, d'un père, d'un époux
Votre toit n'est point solitaire :
Leur gloire l'habite avec vous !

Les historiens, les poëtes :

Libre Clio ! Que ta justice
Frappe ces fléaux des humains !
Mais loin du crime et du supplice,
Ombre d'Arminius, range tes vrais Germains !
Saisis-toi des pervers, terrible Mnémosine.
Et, soulevant contre eux l'avenir irrité,
Place à côté de leur ruine
L'effrayante immortalité !

Les magistrats du peuple :

Ah ! Par la guerre il faut encore
Que leurs forfaits soient expiés !
Les bords du Volga, du Bosphore,
Ont grossi ce ramas de tyrans alliés !
Victoire, retournons sur tes brillans vestiges !
Liberté ! La paix même arme encor tes guerriers !
Tous, recommençons nos prodiges !
Couvrons ces cyprès, de lauriers !

Les nouveaux défenseurs de la patrie :

Sombre hommage des funérailles,
Nous répondrons à votre deuil !
Ô glaive brûlant des batailles,
Nous te vouons nos bras sur ce double cercueil !
Tremble, Autriche coupable, au sein de tes murailles !
Tombe de ton pouvoir le sanguinaire orgueil !
Les combats sont nos représailles !
Les combats seront ton écueil !

Chœur général :

Nature ! Douce paix ! Toi, généreuse France !
Et vous, peuples amis, à la fois outragés,
Tous vous criez : vengeance !
Vous serez tous vengés !